Appel à contribution :
Projet de numéro pour la Revue Française de Civilisation Britannique, présenté par
• Gilles Couderc, Université de Caen • Jean-Philippe Heberlé, Université Paul Verlaine - Metz .
La « Renaissance de la Musique anglaise », ou la seconde Renaissance de la musique anglaise, comme on l’appelle aussi pour la différencier de la génération de musiciens anglais de la Renaissance, désigne selon les musiciens et les critiques cette période du 19e siècle finissant où émergent des compositeurs anglais d’envergure européenne et internationale, comme Edward Elgar et Frederick Delius, puis Ralph Vaughan Williams et Gustav Holst, dont les héritiers sont Benjamin Britten et Michael Tippett puis encore Harrison Birtwistle, Peter Maxwell Davies et Thomas Adès, pour ne parler que des plus célèbres.
Cette Renaissance se signale par des événements comme la publication en 1871 du grand classique victorien sur le pouvoir régénérateur de la « grande » musique, Music and Morals du Révérend Hugh Haweis, la construction du Royal Albert Hall cette même année ainsi que la publication de la première mouture de l’immense Dictionary of Music and Musicians de George Grove en 1879. On mentionnera aussi le soutien royal apporté à la fondation du Royal College of Music en 1883, indiquant que la musique a enfin gagné droit de cité comme art majeur dans le pays.
Ceci intervient alors que, suite à l’écrasement de l’Autriche à Sadowa en 1866 et de la France en 1871, l’Allemagne se révèle comme rivale du Royaume-Uni. Celui-ci subit les premières attaques contre son « philistinisme musical » par le musicologue Carl Engel dans Introduction to the Study of National Music publié à Londres en 1866, dont Oskar Adolf Hermann Schmitz, fervent partisan de l’Allemagne impériale et jaloux de la puissance politique et économique de l’empire britannique, se fait l’écho en 1904 dans son livre au titre méprisant, le célèbre « das Land ohne Musik », censé décrire l’Angleterre. Cette Renaissance est aussi concomitante de la résurgence brutale des nationalismes « celtiques » et du débat sur la question du Home Rule. Comme la première à laquelle elle se réfère explicitement comme exemple et comme source d’inspiration, cette Renaissance se lit alors comme le désir d’inclure la musique dans la construction d’une identité nationale et le combat contre les influences étrangères. En exaltant les valeurs bourgeoises et « anglaises » traditionnelles, la musique participe alors à la pérennisation de l’Empire et de sa puissance.
Signe de leur légitimité, les musiciens participent à l’effort de guerre pendant le second conflit mondial, avec les « lunch time concerts » de la pianiste Myra Hess à la National Gallery de Londres ou les tournées du Sadler’s Wells en province, comme celles de Britten et Pears, objecteurs de conscience recrutés pour maintenir le moral du « Home Front ». Ces contributions sont récompensées notamment par la création du Third Programme de la BBC consacré à la musique et par l’élévation de Covent Garden au rang de Royal Opera House avec une mission d’intérêt public dans le cadre du tout nouveau Arts Council en juin 1945 dont le but est aussi bien de donner une éducation artistique au plus grand nombre, de préserver la tradition artistique nationale que d’encourager la création.
Si le terme de « renaissance » pose question, — qui décide de cette renaissance et sur quels critères ? —, il en est de même avec l’expression « musique anglaise ». Peut-on parler de musique anglaise lorsque le genre « anglais » par excellence, l’oratorio, est l’invention d’un saxon italianisé, Haendel, et de Mendelssohn, un juif allemand converti au protestantisme ? Peut-on parler d’école musicale anglaise lorsque le genre puise ses origines à l’étranger ? Est-il possible de composer un « opéra anglais » sans que la prégnance du genre, d’origine italienne, ne l’emporte sur le caractère « national » de l’œuvre ? Un livret d’opéra ou d’oratorio, le texte d’une symphonie chorale, d’une ballade dramatique ou d’un cycle vocal emprunté à la littérature nationale, ou anglophone est-il un critère probant pour légitimer une école typiquement anglaise ? De même, le recours à des formes, des pratiques musicales, des sources, des mélodies et un langage harmonique typiquement « anglais » est-il le garant d’une spécificité nationale ?
Ce projet s’adresse à tous les chercheurs qui seraient intéressés par le débat sur le nationalisme en musique, par la production d’une musique nationale et sa réception par le public, par la construction d’un mythe identitaire anglais ou britannique, toujours d’actualité, par l’appropriation de Haendel, de Mendelssohn et d’autres compositeurs étrangers comme modèles de composition « dignes d’un anglais et d’un démocrate » selon le mot de Parry, ainsi que par l’appropriation des modèles Tudor, de Purcell et du Folk Song. Les projets pourront prendre en compte l’évolution de la place de la musique et du musicien et de son image dans la société britannique et la diffusion de la musique dite « classique » comme la place de la musique et du musicien dans la fiction, de même qu’ils pourront s’interroger sur la manière dont la musique reflète la société du temps. Ils pourront s’intéresser au rôle de personnalités qui ont contribué à la diffusion des arts de la scène liés à la musique, comme Lilian Bayliss, fondatrice du Old Vic, J. M. Keynes, John Christie, le metteur en scène Gordon Craig ou le peintre John Piper, ou celles qui ont cherché à les ouvrir aux influences européennes comme le Group Theatre de Rupert Doone. Les propositions abordant le rôle du grand mouvement choral anglais des années 1840 à 1914, celui des festivals de musique et des orchestres, celui des éditeurs de musique comme Novello, Stainer & Bell et Oxford University Press, celui de la critique musicale journalistique et universitaire, celui des institutions, universités ou conservatoires ainsi que celui de l’enseignement et de la BBC dans l’établissement d’une doxa et d’une image de la musique « anglaise » participeront également de cette réflexion sur les formes et conditions de la « renaissance » de la musique anglaise. Enfin on pourra s’interroger sur la réception de cet art musical en Europe et dans le monde anglo-saxon, cantonné dans son insularité ou ouvert sur le monde.
Merci d’envoyer vos propositions (titre et résumé de 300 mots environ) ainsi qu’une note biographique de 150 mots maximum à Jean-Philippe Heberlé (jean.philippe.heberle orange.fr) et Gilles Couderc (gilles.couderc unicaen.fr) avant le 15 janvier 2011.
Source de l’information : calanda
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