Des Nymphes Méliennes à la Vierge Marie : une histoire d’abeilles

Julia Sa PintoTomas

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En hébreu, le mot « abeille » dérive de la racine « dbr » qui signifie « parole ». Cela indique la mission de cet animal : révéler la parole divine, la Vérité. Dans quelques communautés juives, avant d’envoyer les garçons apprendre l’alphabet, les mères confectionnent des gâteaux au miel en forme de lettres afin que les enfants aient un avant-goût de la douceur de la connaissance.

L’abeille a une importance symbolique non négligeable depuis la nuit des temps en tant que manifestation du pouvoir divin. Sans doute la transmutation de la matière du pollen des fleurs en miel, ainsi que l’organisation au sein d’une ruche, ont suscité l’intérêt de l’homme pour cet animal. Sobriété, abstinence de viande et de rapports sexuels, labeur, propreté, silence, sens du bien commun, discipline et sociabilité sont quelques caractères attribués à cet insecte. Par conséquent, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’abeille fut la source d’inspiration d’un idéal humain étroitement lié aux vierges, aux épouses ainsi qu’aux saintes. De plus, le miel, seule source de sucre jusqu’au Moyen Âge, semble correspondre au nectar divin par sa couleur, sa texture et son goût.

L’objectif de cet article est d’illustrer le rapport entre l’homme et l’animal en soulignant le fait que réalité et imaginaire sont intrinsèquement liés. En effet, l’abeille, envisagée dans ses rapports avec l’homme, touche à plusieurs domaines de recherche comme l’histoire sociale, culturelle, religieuse et symbolique. Un intérêt particulier est porté à la position sociale de la femme pendant les époques analysées ci-dessous, c’est-à-dire l’antiquité classique hellénique, le Moyen-âge chrétien et l’époque napoléonienne.

1. Les abeilles d’Aristée, de saint Ambroise et de Napoléon

Les trois noms les plus connus en Europe occidentale associés aux abeilles sont ceux d’Aristée, une divinité champêtre du panthéon grecque, de saint Ambroise, un des Pères de l’Église au Moyen Âge, et de Napoléon Bonaparte. Tout d’abord, ces trois cas mettent en lumière une continuité historique de la symbolique des abeilles. Ensuite ils nous permettent de construire un parallèle entre mythologie et apiculture, ainsi qu’entre pratiques religieuses et pratiques agricoles. En dernier lieu, il est intéressant de noter que ces histoires d’hommes ont fourni un idéal de la « femme domestiquée » qui apparaît comme la base d’une construction idéologique gravitant autour de la féminité pendant ces périodes.

a. Aristée, le Maître des Abeilles

Selon Virgile, Aristée était un mortel, fils de Cyrène et d’Apollon. Cependant, nourri par les Heures d’ambroisie (le nectar des dieux), il échappa à sa condition de mortel. Les nymphes lui apprirent l’art de l’apiculture et les muses ceux de l’élevage et de la culture de la vigne. Il devint ainsi un demi-dieu fort respecté en Grèce et dans la Rome antique en tant que Maître des Abeilles. Un jour, Aristée tomba amoureux d’Eurydice, la fiancée d’Orphée. Poussé par ses pulsions sexuelles, il la poursuivit pour la violer. Eurydice s’enfuit mais, ce faisant, elle fut mordue par un serpent, ce qui provoqua sa mort. Pour se venger, les nymphes enlevèrent les essaims d’abeilles à Aristée. Sur les conseils de sa mère, Aristée tenta d’apaiser les dieux par un sacrifice expiatoire de quatre bœufs et d’autant de génisses vierges. À son grand étonnement, des essaims sortirent de la dépouille des animaux immolés.

Ce qui nous importe dans ce récit est la renaissance des abeilles, pureté virginale, par le biais du sacrifice et de la putréfaction. Nous reviendrons sur ce point dans la troisième partie de cette analyse à propos des saintes.

b. Les abeilles de saint Ambroise

Dans la tradition chrétienne, l’abeille enferme en elle l’intelligence divine. La légende de saint Ambroise raconte que, nourrisson, il accueillit un essaim dans sa bouche en dormant. Quand il se réveilla, il était souriant et en pleine santé. Évêque de Milan de 374 à 397, il est connu pour sa nature laborieuse, douce et bienveillante. Saint Ambroise devint l’un des ouvriers du Christ et le patron des apiculteurs. Dans un de ses sermons, il compare le monastère à la ruche où doivent régner l’ordre, le travail, le silence, la propreté et l’obéissance. Le symbole de l’abeille met en valeur la chasteté et la virginité. En effet, une caractéristique des abeilles ouvrières est la taille atrophiée de leurs ovaires. Elles sont stériles et n’entretiennent pas de rapports sexuels. Le lien entre l’abeille et la virginité devient alors évident. Au Moyen Âge, l’abeille apparaît comme le symbole de la maternité virginale. Le miel est comparé au lait maternel de la Vierge et, selon Hadewijch d’Anvers, « Jésus est miel à notre bouche » [1] . Le miel prend alors une valeur de félicité terrestre et l’abeille celle de la fécondité sublimée.

c. Les abeilles impériales de Napoléon

En 1804, Napoléon Bonaparte, qui n’est alors que Premier Consul, songe déjà à constituer un empire, avec de nouveaux symboles. Parmi les animaux proposés, les abeilles eurent une place préférentielle car elles étaient, selon Jean-Jacques Régis de Cambacérès, archichancelier de l’Empire, « l’image d’une république qui a un chef » [2] . De plus, Virgile ainsi que les Pères de l’Église avaient vu auparavant dans la société des abeilles un modèle social parfait pour les hommes.

Il y avait une autre raison pour ce choix symbolique : les abeilles étaient l’emblème des Mérovingiens, dynastie royale qui avait autrefois gouverné la France. La mémoire populaire de ces abeilles avait été rafraîchie chez les Français car on avait découvert en 1653, à Tournai, la tombe de Childéric Ier, mort en 481, père de Clovis, roi des Francs. Dans la tombe figurait une trentaine de petits joyaux émaillés en forme d’abeille.

Napoléon Bonaparte porta ainsi des abeilles d’or sur son manteau pourpre le jour de son sacre. Elles étaient aussi présentes sur les tentures de son palais ainsi que sur celles des tribunaux et administrations impériales.

L’iconologie du Moyen Âge et de la Renaissance ajoute de la sorte une dimension nouvelle : l’image d’un royaume où les abeilles sont les sujets et leur roi (au masculin) est le souverain. Brunetto Latini, un des encyclopédistes les plus reconnus de cette époque, écrit en 1263 :

« Les abeilles établissent une hiérarchie dans leur peuple et maintiennent une distinction entre le menu peuple et la communauté des bourgeois. Elles choisissent leur roi. […] celui qui est choisi pour roi et qui devient leur seigneur à tous est celui qui est le plus grand, le plus beau et de meilleure vie. […] Cependant, même s’il est roi, les autres abeilles sont entièrement libres, et jouissent de pleins pouvoirs : mais la bonne volonté que la nature leur a donné les rend aimables et obéissantes à l’égard de leur seigneur. […] Sachez que les abeilles aiment leur roi de si bon cœur et avec tant de fidélité qu’elles pensent qu’il est bon de mourir pour le protéger et le défendre. » [3]

Ce passage illustre clairement l’idéologie typique de cette époque par rapport à la royauté et à la servitude. C’est sans doute cet aspect qui a tant séduit Bonaparte.

2. La technique et la symbolique

Le cycle apicole, parce qu’il se distingue des pratiques habituelles de l’élevage et parce que sa principale opération, la récolte du miel, s’apparente à un vol, donne à l’abeille un statut différent de celui des autres animaux. C’est ce qui lui confère parmi les agriculteurs une image de marque particulière. Selon l’analyse qui suit, nous pouvons constater l’importance de l’apiculture dans la mythologie de l’abeille et du miel. Autrement dit, en quoi la technique influence la symbolique.

a. La nature de l’abeille

L’abeille apparaît comme un insecte très organisé. Dans un essaim, il y a trois classes : les ouvrières, la reine et les mâles. Les ouvrières cherchent le pollen, font la gelée royale et le miel, ou font des provisions d’eau. La reine pond les œufs. Les mâles, ou faux bourdons, ne servent qu’à la fécondation de la reine. Lorsque la fin de l’été s’annonce, les ouvrières sortent les bourdons qui ne tardent pas à mourir de faim.

La suprématie féminine inspire l’imaginaire des hommes. Un épisode étonnant dans la vie de la reine est son vol nuptial. À cette occasion, la reine vierge se fait féconder en plein ciel par plusieurs mâles. Ceci ne survient qu’une fois dans sa vie. Après avoir emmagasiné la semence des mâles dans sa « spermathèque », elle restera dans sa ruche pour pondre des milliers d’œufs fécondés. Les mâles procréateurs meurent à la suite de cet acte de fécondation car ils laissent leurs parties génitales à l’intérieur de la reine [4] . La mythologie offre maintes versions d’un acte de fécondation unissant amour et mort. La Théogonie de Hésiode raconte la naissance des nymphes méliennes (ou Méliades). Selon le poète, Cronos trancha les testicules de son père, Ouranos. Du sang et des éclaboussures tombées sur Gaia, la terre, naquirent les Géants, les Érinyes (divinités persécutrices), les Nymphes méliennes et Aphrodite.

Ce qui nous intéresse ici dans ce mythe est le fait que, à l’image du monde des abeilles, les naissances résultent d’une castration. La castration semble ainsi être à l’origine de la vie. Cela nous renvoie à deux aspects primordiaux de l’agriculture : couper et faire pousser. Il semble pertinent de remarquer que le vocabulaire apicole est celui lié à la culture des végétaux et non pas à l’élevage des animaux. Ainsi, couper et faire pousser sont des termes qui désignent une action bienfaisante dans l’agriculture. Dans la dimension du symbolique, ces gestes sont en effet les gestes fondateurs de l’humanité.

Il existe une autre relation signifiante entre le mythe et le monde des abeilles : en apiculture, on utilise le terme « châtrer les ruches » pour désigner la récolte du miel et par conséquent la reproduction de miel par les abeilles. La métaphore n’est que trop évidente : l’émasculation est nécessaire pour accéder à la nourriture éthérée. Nous pouvons donc constater que le traitement de ressources animales et végétales engage des tendances religieuses et philosophiques.

b. Miel et immortalité

Dans une analyse de l’imaginaire social de l’abeille, il est impossible de ne pas inclure les croyances liées au miel et à la cire. Dans la tradition gréco-romaine, le miel est un produit qui arrache le corps à l’épreuve du temps. En ce qui concerne la thanatopraxie, miel et cire sont utilisés pour conserver le corps des morts. Il ne faut pas oublier non plus la lumière produite par les bougies, imitation du feu et seule source de lumière dans les nuits de l’Antiquité. Tous ces aspects expliquent pourquoi les produits de la ruche sont liés à l’immortalité et à l’énergie pure. Une autre forme d’énergie pure est le feu. Or les Méliennes sont les nymphes des frênes. Le frêne, plus particulièrement l’arbre à manne, renvoie à l’image mythique du miel. Cet arbre du miel primordial participe aussi du feu céleste en recevant la foudre de Zeus par le biais duquel les hommes découvrent le feu de cuisson. Ainsi, nous pouvons déceler une construction imaginaire créant des réseaux symboliques qui relient le feu et le miel, ce qui ne fait qu’augmenter le statut sacré de l’abeille.

Selon Pindare, célèbre poète lyrique grec, les nymphes ont convaincu les hommes de ne plus manger de viande pour ne consommer que du miel. D’ailleurs, pour les Pythagoriciens et pour les Orphiques, la consommation de viande et les sacrifices sanglants sont condamnables. Le végétarisme leur permettrait de se rapprocher des dieux. Dans son traité néoplatonicien, De l’abstinence, Porphyre de Tyr évoque le désir des Pythagoriciens de retrouver l’âge d’or des hommes en ne se nourrissant que de fruits et de miel.

Dans cet ordre d’idées, il n’est pas étonnant de retrouver le miel et sa productrice l’abeille comme symboles de la pureté physique et morale. Morale car, selon les croyances de l’Antiquité, en s’abstenant de viande, non seulement l’homme nettoyait le corps, mais en plus il calmait ses envies sexuelles. En effet, selon Aristote, l’excès de nourriture se transforme en un excès de sperme qui conduit à la surproduction de graisse. Par conséquent, il semble que, sur le plan social, le miel associe le comportement alimentaire au domptage de la sexualité. L’abeille correspond tout à fait à cette chasteté. Comme les nymphes, les abeilles ont un régime végétarien et une activité sexuelle particulièrement discrète. Comme il est dit précédemment, les ouvrières sont vierges et stériles, représentant ainsi la virginité emblématique. De plus, elles évitent toute matière putride et impure. À l’intérieur de la ruche, il n’y a pas d’excréments et les insectes morts sont couverts de cire évitant ainsi les virus et les bactéries. Les abeilles correspondent de la sorte à une totale absence de souillure.

Un dernier point, qui nous permet d’établir un lien avec l’analyse qui suit, est le fait que ces insectes n’ont pas de sang. Or le sang menstruel était la marque incontestable de l’infériorité des femmes par rapport aux hommes.

3. Les femmes et les abeilles

Dans la Grèce antique, le vocable « nymphe » (numphê) désigne aussi la fiancée le jour de ses noces. Autrement dit, la nymphe est la vierge pubère quittant la demeure de son père pour celle de son mari. Il ne faut pas oublier que, dans l’ordre juridico-politique, la Cité n’est constituée que par des hommes, ce qui se traduit par l’exclusion politique de la femme. Celle-ci n’est intégrée à la Cité que par le mariage, sachant qu’elle ne sera jamais que l’épouse du citoyen et non pas une citoyenne en soi. Les seules exceptions sont les prêtresses qui, à l’image des nymphes mythiques, vivent recluses et sont vierges.

Le mariage apparaît ainsi comme le stade nécessaire au mûrissement de la femme. La défloration du corps virginal est l’acte qui marque le passage à une seconde vie, de la vierge à l’épouse-mère. Le mariage peut donc se traduire par la mort de la vierge et sa renaissance en tant que femme accomplie. Il est intéressant de remarquer d’ailleurs que « thalamos » signifie à la fois tombe et chambre nuptiale.

Le parallèle avec le monde des abeilles semble de nouveau évident. D’abord la larve d’abeille est aussi nommée nymphe, la nymphose étant l’état intermédiaire entre la larve et l’insecte accompli dans sa maturité. Nous pouvons ensuite comparer la femme-vierge à la nymphe abeille qui ne cesse de se développer dans son stade embryonnaire jusqu’au moment du déchirement de son voile qui est l’achèvement de l’insecte parfait. Nous pouvons alors proposer un lien entre le voile couvrant la larve, le voile de la mariée et l’hymen. Le mariage est donc, dans la Grèce antique, la métamorphose nécessaire de la vierge en femme-abeille.

a. L’archétype de la Femme-Abeille

L’abeille est l’archétype de la bonne épouse : diligente, productive, économe, fidèle, silencieuse, organisée et chaste. Dans un monde imaginaire où la femme est traditionnellement source de malheurs, la femme-abeille apparaît comme une exception à la règle. Il semble que le seul moyen pour la femme d’acquérir une image positive soit le mariage, qui relève d’une domestication de la jeune épouse. En effet, un des thèmes courants de la littérature hellénistique est dédié aux obligations matrimoniales de la part des épouses, êtres totalement irraisonnés. Les hommes ont le devoir moral d’offrir une tutelle maritale destinée à protéger la femme contre sa propre faiblesse. Dans la Théogonie, les faux bourdons sont comparés aux femmes inactives au foyer. Celles-ci passent leur temps à s’engraisser sans participer au travail. Dans cette logique, il semble que les attributs positifs de la femme mariée (et éduquée) ne soient que les qualités morales idéologiquement propres à l’Homme.

Un des attributs les plus importants de la Femme-Abeille est sa chasteté. La pulsion érotique ou sexuelle est condamnée sans équivoque. Dans la vie conjugale, le bon époux est celui qui contrôle ses désirs. En refusant les désirs aphrodisiaques, les femmes manifestent que le statut de mariée les prédestine à la maternité et les détourne de la séduction. Autrement dit, les rapports sexuels conjugaux n’ont d’autre objectif que la procréation.

b. Miel et virginité dans le christianisme

La production de miel par les abeilles vierges est le corollaire d’une maternité métaphorique qui rappelle la Vierge Marie. Si l’abeille est le modèle par excellence de l’épouse parfaite, ceci implique une chasteté étroitement liée à la virginité, qui est le présupposé nécessaire à la fécondité maternelle. Or la menstruation, qui est une infécondité provisoire, apparaît comme une corruption dans la tradition chrétienne. On retrouve le miel comme partie intégrante du régime alimentaire des femmes en quête de la spiritualité chrétienne. L’Église semble voir dans l’abeille le modèle d’une féminité active déployant les vertus morales nécessaires pour recevoir la grâce de Dieu. Le seul moyen d’intégrer la féminité dans cette dimension divine est de se métamorphoser en en être pur par l’abstinence, le jeûne et de préférence la virginité. Il est important de souligner que, sur le plan médical, le jeûne entraîne l’anorexie qui provoque l’aménorrhée, c’est-à-dire une diminution du flux menstruel. Cependant, l’aménorrhée provoque aussi des hémorragies par les autres orifices du corps.

Dans l’éthique chrétienne, le corps apparaît ainsi comme un ennemi qui doit être combattu avec courage par les femmes saintes. Les saintes sont aussi connues pour leurs mortifications. En général, les saintes du Moyen Âge doivent endurer une dégradation physique et la souffrance que cela entraîne. Autrement dit, dans la communion avec le Christ, il y a souffrance et finalement la mort, ce qui rappelle la relation symbolique hellénistique entre la mort de la vierge et la renaissance de la femme accomplie plus proche des dieux.

L’exemple de sainte Lydwine (1380-1433) démontre que c’est à partir de la putréfaction que l’on atteint un plan éthéré, renvoyant ainsi à l’image des essaims d’Aristée sortant des boyaux des animaux sacrifiés. Selon son biographe, Jan Gerlac, son parent et sacristain du monastère Augustin de Windesem, sainte Lydwine ne mangea que la Sainte Eucharistie pendant les dix-neuf dernières années de sa vie. Son corps, après une chute, se dégradait sans cesse et sa vie fut un calvaire, Lydwine étant clouée au lit avec de terribles maladies infectieuses. Cependant, au fur et à mesure que son corps pourrissait, ses plaies exhalaient des odeurs suaves et sécrétaient des fluides rappelant le miel [5] . Sur un plan symbolique, à l’image des abeilles sacrées, sainte Lydwine pure et divine est sortie des boyaux de son corps sacrifié à Dieu. L’image de la sécrétion du miel par son corps ne fait que renforcer la métaphore.

Cette modeste étude sur quelques réseaux symboliques autour de l’abeille souligne la relation non négligeable entre le monde naturel et objectif et les produits subjectifs de la culture. L’imaginaire et les représentations sociales gravitant autour des abeilles proposent un idéal qui lie royauté, divinité et féminité parfaite. Les changements de la symbolique de l’insecte au long de l’histoire, tout en s’ancrant dans des croyances anciennes, reflètent certaines évolutions de la société. Un dernier point consiste à souligner le lien étroit à travers le temps entre le code sexuel et le code alimentaire pour atteindre un plan divin.

Julia Sa Pinto Tomas, IRSA-CRI, Octobre 2007

Bibliographie

CHEVALLIER Denis, L’Homme, le porc, l’abeille et le chien, Paris, Institut d’Ethnologie, 1987.

HERTZ Laurent, Dictionnaire des animaux et des civilisations. Linguistique et symbolique, Paris, L’Harmattan, coll. « Biologie, Agronomie, Écologie », 2004.

HÉSIODE, La Théogonie, disponible en ligne sur le site http://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/hesiode/theogonie.htm

LATINI Brunetto, Le Livre du trésor, 1263, mis en français moderne et présenté par Gabriel Bianciotto in Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Stock/Moyen Âge, 1995.

MIQUEL Dom Pierre, Dictionnaire symbolique des animaux, Paris, Le Léopard d’Or, 1992.

PASTOUREAU Michel, Les Animaux célèbres, Paris, Bonneton, 2002.

TÉTART Gilles, Le Sang des fleurs. Une anthropologie de l’abeille et du miel, Paris, Odile Jacob, 2004.

[1] Citation in Gilles Tétart, Le Sang des fleurs. Une anthropologie de l’abeille et du miel, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 169.

[2] Citation in Michel Pastoureau, Les Animaux célèbres, Paris, Bonneton, 2002, p. 186.

[3] Brunetto Latini, Livre du trésor, 1263-1264, mis en français moderne et présenté par Gabriel Bianciotto in Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Stock/Moyen Âge, 1995, pp. 170-171.

[4] Denis Chevallier, L’Homme, le porc, l’abeille et le chien, Paris, Institut d’Ethnologie, 1987.

[5] Gilles Tétart, Le Sang des fleurs. Une anthropologie de l’abeille et du miel, op. cit., pp. 156-160.

 

 

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