Le collectif RUSCA (Rencontres Universitaires des Sociologues Chercheurs Apprentis) a pour objectif de devenir un réseau intellectuel, interactif et dynamique. Il est possible d’y publier des travaux (articles, résumés, comptes-rendus) répondant à des thématiques (définies deux fois par an), d’autres qui n’ont pas été publiés ailleurs, mais aussi d’y faire circuler des informations essentielles pour les chercheurs (appels de tous types, agenda d’évènements liés aux sciences humaines, démarches administratives, trucs et astuces…). RUSCA a la vocation d’être un foyer de rencontres et d’échanges, une véritable « ruche » (qui vient du mot gaulois rusca, « écorce ») ouverte sur l’international. Pour cela, tout écrit comportera un résumé qui sera traduit en plusieurs langues, minoritaires ou non, suivant les compétences de chacun.
Pour célébrer la naissance de RUSCA, nous lançons cet appel à contribution autour de l’image centrale de la ruche. Les écrits peuvent relever des différentes disciplines des sciences humaines (sociologie, anthropologie, histoire, littérature, psychologie, art…), voire correspondre à une démarche transdisciplinaire.
Toute société développe son bestiaire et la nôtre n’y échappe pas. Qui évoque la ruche évoque nécessairement ses bâtisseuses et habitantes, les abeilles ainsi que leur inégalable et si délectable production, le miel. Il conviendrait, c’est certain, d’interroger ces insectes et leur société sous l’angle de la relation homme-animal, champ de recherche en pleine expansion depuis une vingtaine d’années, comme Gilles Tétart l’a fait dans Le sang des fleurs. Une anthropologie de l’abeille et du miel (Odile Jacob, 2004), à développer une analyse dans laquelle l’abeille jouerait le rôle de révélateur socio-anthropologique, interrogeant les catégories du sauvage et du domestique, du pur et de l’impur, du masculin et du féminin et posant la question de la définition des différents règnes du vivant. De plus, il est toujours heuristique de rechercher la logique systémique des relations entre différents animaux pour délimiter les contours d’un bestiaire cohérent ; ainsi en est-il, dans d’autres contextes, des couples ours-loup ou dauphin-requin.
On pourra d’autre part se pencher sur la zoohistoire de l’abeille (à la suite de Robert Delort), sur sa place dans la littérature (après André Siganos), dans toute formed’art, dans la mythologie ou encore dans la linguistique.
Le miel, à son tour, est bien sûr l’occasion d’interrogation sur les formes de récolte, de conditionnement (produits dérivés) et de consommations, moments imprégnés d’un imaginaire social, à la fois contextualisé, « de son temps », mais aussi ancré dans des formes symboliques plus anciennes.
La ruche et les abeilles (comportement, fonctionnement, organisation, communication, etc.) peuvent aussi devenir des métaphores offrant des images utiles pour penser les faits sociaux : En quoi la ruche peut-elle nous permettre de parler de notre société ? La parabole des abeilles (les producteurs) et des frelons (les oisifs) de Saint-Simon est-elle toujours d’actualité ? Existe-t-il des rapports sociaux humains analogiquement comparables à ceux des abeilles entre elles ?
Rappelons tous azimuts que ces insectes sont quasi-uniquement des femelles fonctionnant en « matriarcat ». Il existe trois différents types d’individus ou castes dans une colonie : les reines (seules femelles fécondables), les faux-bourdons (les mâles) et les ouvrières. Les abeilles hibernent et n’acceptent qu’une seule reine. Deux formes de communications sont très connues : le shaking (vibration de l’abdomen) et la danse indiquant les coordonnés d’une source de pollen et de nectar. Leur butinage fait de ces « mouches à miel » des agents de pollinisation. Enfin, le proverbe : « à piqûre d’abeille, cérumen d’oreille », permet de rappeler à la fois, l’existence d’un dard chez ces insectes et la possibilité de penser le parallèle entre l’abeille et l’homme à travers la cire.
On peut, pour finir, envisager des analyses de sociologie de la famille, du travail, ou encore des organisations, d’autres en architecture.
Emmanuel Gouabault, Docteur en sociologie, mai 2007.
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