Frapper un mur pour dire « Je t’aime » ? Les stratégies fatales au Japon

Par Agnès Giard, chercheur rattaché au Sophiapol, Université de Paris Nanterre

Mots-clés : Japon, mur, simulation, genre, mariage, numérique, amour, célibat

En 2014, une nouvelle façon de déclarer sa flamme fait son entrée dans le répertoire des clichés érotiques au Japon, sous le nom de kabe-don. Il s’agit de plaquer une femme contre le mur. Mur se dit kabe. Don, c’est le bruit que fait une paume ferme contre la paroi. Le procédé suscite un engouement tel que le kabe-don devient le passage obligé des feuilletons romantiques et des jeux de simulation amoureuse qui implémentent en standard la scène au cours de laquelle un homme (prédateur) accule une femme (proie) contre un mur sur lequel il frappe afin de signifier la force de son désir. Cet artifice de mise en scène fondé sur des rôles de genre inégalitaires suscite des interrogations : pourquoi tant de Japonaises (et lesquelles) apprécient-elles ce scénario de soumission ? Dans le cadre de quelles mutations s’est-il développé ? Suivant quelles logiques ? En replaçant le kabe-don dans son contexte d’émergence et en étudiant ses multiples déclinaisons, j’aimerais faire de ce phénomène un miroir révélateur des « mécanismes sentimentaux » qui président aux évolutions sociétales japonaises, avec le souci d’apporter un éclairage nouveau sur ce que le fait de frapper un mur peut signifier dans le cadre dématérialisé de l’univers numérique.

En 2014, une nouvelle façon de déclarer sa flamme fait son entrée dans le répertoire des clichés érotiques au Japon, sous le nom de kabe-don . Il s’agit de plaquer une femme contre le mur. Mur se dit kabe (壁). Don (ドン), c’est le bruit que fait une paume (ou un poing) contre la paroi. Le procédé est baptisé kabe-don , littéralement « pan dans le mur », par allusion à l’onomatopée qui accompagne généralement cette scène dans les histoires d’amour en bandes dessinées. « Le procédé, tiré des mangas pour jeunes filles, provoque d’intenses palpitations », explique le quotidien Asahi Shinbun [1].

L’engouement est en effet tel que lors du très attendu Game show de Tōkyō, du 18 au 21 septembre 2014, une célèbre firme de jeu-vidéo (Voltage) spécialisée dans les petits copains virtuels, propose aux fans de vivre « pour de vrai » la scène phare du kabe-don . « Deux hommes, pendant quatre jours, ont travaillé en alternance de 9h à 17h », explique la chargée des relations publiques, Takahashi Emi. Voltage fait sensation avec une cabine spécialement conçue pour accueillir les candidates qui se succèdent à un rythme effréné. L’expérience dure moins de deux minutes. Une journaliste de l’Asahi Shinbun témoigne : « Comme pour retenir la jeune fille qu’il a en face de lui, un beau gosse plaque brutalement sa main sur le mur avant de murmurer : “Ne regarde personne d’autre que moi”. […] Devant le stand, des cris de joie s’élèvent et tout le monde filme avec les smartphones. Un séduisant acteur de plus d’un mètre quatre-vingt répète la scène du kabe-don avec chaque visiteuse : “À partir d’aujourd’hui, tu m’appartiens”. “C’est affreux, c’était bien plus excitant que ce que je croyais”, s’exclame une employée de bureau, 23 ans, de l’arrondissement d’Ōta (Tōkyō), dont le visage est devenu cramoisi. Une femme originaire de Shizuoka, 27 ans, raconte : “J’étais plutôt intimidée qu’un bel homme approche si près. Mon cœur bat, je ne peux pas m’arrêter de trembler”. ». En tout, 1421 visiteuses se précipitent à l’attraction.

Relayé par d’innombrables supports de presse, le phénomène prend rapidement de l’ampleur et fournit la matière de plusieurs spots publicitaires et d’événements commerciaux à succès. Le 14 octobre 2014, Okada Shōhei, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Niigata publie un article intitulé « L’influence des mass media sur les néologismes et les mots à la mode : étude de cas du kabe-don et de ses deux significations », dans lequel il affirme que le mot kabe-don illustre par excellence l’extraordinaire impact des médias sur la langue : « Jusqu’en 2014, ce mot faisait référence à un voisin cognant contre le mur pour se plaindre du tapage dans la chambre ou la maison mitoyenne (“ kabe-don ” évoque la nuisance sonore). Depuis 2014, par effet de mode, sous l’influence des journaux, de la télévision et des mass media, le mot désigne le fait qu’un homme accule une femme à une paroi contre laquelle il frappe, sans lui laisser aucune issue de secours (“ kabe-don ” évoque maintenant une scène d’amour) ». Pour Okada Shōhei, c’est l’exemple « presque sans précédents », dit-il, de la capacité que les médias ont de modifier le sens d’un mot ou, plutôt, de « balayer sa signification première ». De fait, entre 2013, année durant laquelle le phénomène prend son essor, et 2014, année qui « octroie au “ kabe-don ” sa citoyenneté », le sens initial du mot ne cesse de reculer. À la protestation par cloison interposée (qu’on peut traduire « silence ! »), se superpose en la remplaçant l’image d’une femme mise dos au mur, forcée d’entendre un homme lui chuchoter des mots chavirants (« tu es à moi »). En moins d’un an, le kabe-don devient un « classique », estampillé mune-kyun wādo (« mot qui broie la poitrine d’émotion ») ou encore mune-kyun gi (« technique pour faire défaillir »).

Surfant sur l’effet de mode, une dizaine de feuilletons TV romantiques mettent en scène le moment clé, tant attendu par les spectatrices, durant lequel un personnage masculin va brusquement froncer les sourcils, devenir menaçant et coincer l’élue contre la paroi – au choix – d’un ascenseur, d’une rame de métro, d’une salle de classe ou n’importe quelle autre surface capable de renvoyer en écho le bruit – Don ! (Pan !) – afin de lui dire ses quatre vérités, c’est-à-dire « Tu m’appartiens, corps et âme ».
D’innombrables variantes sont déclinées au fil de parodies mettant en scène le kabe-don -don (mur frappé à deux mains), le hiji-don (mur frappé avec le coude), le hiza-don (mur frappé du genoux), l’ashi-don (mur frappé d’un pied), le mata-don (mur frappé d’un pied placé entre les jambes de la victime), l’odeko-don (mur frappé avec la tête), le semi-don (mur frappé à deux mains et deux pieds), le kabe-chon (mur touché du bout du doigt), le kabe-gui (mur frappé suivi d’une prise du menton), l’ami-don (coup frappé dans la moustiquaire) ou le yuka-don (coup frappé au sol, en position allongée), au fil d’une interminable exploration des surfaces permettant – par effet de résonance – aux individus de construire leur polarité. De façon très prévisible, les « experts » invités à expliquer le phénomène avancent toujours l’hypothèse suivante : le kabe-don reflète la nostalgie des femmes pour une virilité perdue. Celui qui frappe le mur, certainement, est un « dur ». Son degré de virilité se mesurera d’ailleurs à la puissance d’impact du coup sur la paroi.

En novembre 2014, interrogée par la revue Sankei, Fujimoto Yukari, professeure spécialisée dans la culture manga à l’Université Meiji, explique : « Les jeunes hommes sont de plus en plus nombreux à être herbivores [sōshoku], peu intéressés par l’amour. Il se peut que cela renforce le désir d’être subjuguée par un amoureux dominateur qui s’impose à vous comme lors d’un kabe-don … ». Cette opinion est loin d’être isolée. Dans la même revue, Takaaki Imai, rédacteur en chef du mensuel de mangas pour femme Bessatsu Margaret insiste lui aussi sur le fait que les hommes japonais seraient soi-disant devenus des sous-mâles. « Au Japon, cela fait un moment qu’on parle de garçons herbivores ou encore d’hommes-bouddhas [butsu danshi] », dit-il, en faisant allusion à un terme alors très répandu dans la presse : l’expression « homme-bouddha » désigne des jeunes encore plus asexués que les herbivores puisqu’ayant renoncé à tout désir. Takaaki Imai ajoute : « Je pense que les femmes continuent à rechercher une certaine virilité chez les hommes. C’est pourquoi ce nouveau terme de kabe-don est apparu et a eu autant de succès ».

En janvier 2015, la revue Sankei consacre au phénomène un nouvel article et cite cette fois Hino Kaeko, représentante de la société de marketing Her Story (spécialisée dans l’analyse des comportements d’achat des femmes) : « Les femmes veulent un homme fort. Elles ont envie de la “puissance” et de la “domination” masculine », dit-elle. En février 2015, un psychiatre connu sous le surnom de Yū Yūki, président de la Clinique de Santé Mentale Yū, explique à la revue Aera  : « Les femmes qui aiment le kabe-don , il est possible qu’elles aient “le désir d’être dominées”. Peut-être veulent-elles satisfaire un fantasme masochiste. Peut-être veulent-elles goûter au scénario de la “petite coercition” ou de la “petite détention ”… ». Comparant le kabe-don à un excitant « mirage », Yū Yūki en fait le révélateur de désirs problématiques : il y a des femmes, semble-t-il, qui rêvent d’être réduites à l’état de « petite » chose, privées de leur liberté et maintenues dans l’asservissement.

S’il faut en croire les discours d’expertise au Japon (tels qu’ils sont relayés par les médias), le kabe-don relève d’une pratique compensatoire et les femmes qui s’y adonnent sous des formes ludiques rêvent que le jeu devienne réalité. Mais faut-il prendre ces discours pour argent comptant ? Les joueuses de kabe-don aspirent-elles à se faire subjuguer par un séducteur brutal ? Pour le formuler autrement : le mur contre lequel elles se font plaquer dans le cadre du jeu contribue-t-il à renforcer un ordre social inégalitaire ? Ce mur renforce-t-il symboliquement les différences sexuelles ? Je propose ici d’interroger cet « imaginaire frontalier » [2], en analysant les discours et les images générés par la pratique du kabe-don.

Cette pratique ne peut être pensée en dehors des relations de pouvoir genrées et des enjeux matrimoniaux auxquels elle renvoie. Il s’avère que le mur matérialise une théâtralisation des rôles homme-femme dont l’aspect volontairement stéréotypé n’est pas exempt d’ironie. Bien qu’elles soient sensibles, sur le plan émotionnel, au charme du scénario, les joueuses ne sont pas dupes de l’aspect profondément rétrograde d’un jeu qui les assigne au statut de proie. Qu’elles en tirent du plaisir ne signifie pas pour autant qu’elles aspirent à le vivre « pour de vrai ». Comment comprendre cette apparente contradiction ? La pratique du kabe-don permet peut-être de jouer autant que « déjouer le genre », pour citer Marie Buscatto et Anne Monjaret [3]. Bien qu’elle soit en apparence conforme aux clichés les plus éculés des rituels de rencontre homme-femme, il serait peut-être réducteur de l’analyser comme le désir d’un retour en arrière vers le patriarcat. En m’appuyant sur un travail mené depuis 2016 sur les dispositifs de simulation amoureuse au Japon – travail partagé entre une recherche de terrain à Tōkyō auprès de consommatrices et de fabricants de « séducteurs numériques » et une importante recension des données secondaires (articles de presse, brochures commerciales, blogs, reportages filmés, enquêtes statistiques) – je ferai l’hypothèse que le scénario du « coup dans le mur » ne fait pas que reproduire les conventions hétéro-normées, mais les interroge, les parodie ou les met à distance.

Pour saisir les processus et les stratégies identitaires qui font du mur un espace emblématique de la culture japonaise contemporaine, j’envisagerai le kabe-don à la fois comme 1. un fantasme historiquement construit dans un contexte d’émancipation féminine, 2. une ressource mise à disposition des femmes célibataires ou des épouses insatisfaites pour manifester leur désaffection vis à vis du mariage, 3. une pratique polémique qui, dans les faits, tombe sous le coup de la loi. Bien qu’il perpétue un système de représentation dans lequel l’homme domine la femme, le kabe-don – ainsi que j’en rendrai compte – est aussi un dispositif permettant à certaines femmes (lesquelles ?) de négocier leur position au sein des différents espaces sociaux qu’elles occupent (comment ?) et d’élaborer collectivement un imaginaire dans lequel des désirs jugés inadéquats se superposent, s’enchevêtrent et s’agencent (pour quoi faire ?).

Les origines du kabe-don  : approche historique du fantasme de mur


Les premières scènes de kabe-don apparaissent dans les shōjo mangas, les « bandes dessinées pour jeunes femmes » qui deviennent populaires dans les années 1970 sous l’impulsion de femmes dessinatrices et auteures. Jusque-là le shōjo manga était monopolisé par des hommes qui faisaient leurs débuts en signant des histoires sentimentales à destination des petites filles avant de migrer vers la bande dessinée pour garçons, plus prestigieuse. « L’apparition d’une main d’œuvre féminine dans le milieu du shōjo reflète un changement sociétal. Dans les années 1960, seulement 30% des femmes ayant la vingtaine étaient employées, dans les années 1970, elles sont 70%. Le nombre de femmes qui travaillent en général augmente au Japon » [4]. Prenant les rênes d’un genre qui jusqu’ici stagnait dans le conformisme mièvre, une poignée de jeunes artistes – plus tard estampillées « Groupe de l’an 24 » – renouvelle le shōjo manga en y introduisant des thématiques adultes et des techniques graphiques inédites. Le Groupe de l’an 24, notamment, propose une réflexion sur le sexe, la sexualité et le genre dont La Rose de Versailles (Berusaiyu no bara), le manga phare d’Ikeda Riyoko, contribue à fixer les canons : dans cette fresque historique, dépeignant la cour de France à la veille de la Révolution, Ikeda Riyoko met en scène une aristocrate travestie en homme, éduquée en garçon depuis son enfance, formée aux arts du combat et promue capitaine de la garde royale à Versailles. En dehors de ses parents proches, une seule personne connaît sa véritable identité sexuelle : André, un orphelin d’origine roturière, avec qui elle a grandi, devenu son second.

Dans La Rose de Versailles, l’héroïne – nommée Oscar – se conduit et se perçoit comme homme, proposant aux lectrices un modèle d’identification nouveau : celui de la guerrière hermaphrodite qui traite les hommes sur un pied d’égalité. La révolution française qui sert de cadre au récit n’est qu’une transposition de cette autre révolution appelée au Japon ūman ribu (women lib), dont Ikeda Riyoko devient une des égéries. Sous l’impulsion du Groupe de l’an 24, les shōjo mangas des années 1970 se peuplent de créatures androgynes, les dansō no shōjo (filles habillées en hommes) et les bishōnen (beaux garçons) aux ressemblances troublantes : silhouettes élancées, longs cheveux, cils de phalène… Les distinctions de sexe ne sont plus opérantes dans ces œuvres qui contribuent à populariser l’idéal de l’ « amour pur », libéré des conventions que sont le mariage et son corollaire : la procréation. Ainsi que l’explique Jennifer Brown [5] « l’héroïne de shōjo manga n’est désormais plus forcée d’avoir seulement des qualités féminines […] telles que yowai (faible), kowagari (peureuse) ou hito ni tayotteiru (dépendante des autres) pour obtenir un travail ou un mari. Elle est libre de devenir une personne dont les traits caractéristiques sont longtemps restés le monopole des mâles : tsuyoi (forte), daitan/futeki (intrépide/audacieuse) ou dokuritsu shita (indépendante). […] Les femmes d’aujourd’hui [qui ont grandi en lisant La rose de Versailles] sont elles aussi devenues libres de s’approprier ces qualités ».

Sous l’influence du shōjo manga – qui met volontiers en scène des relations homosexuelles, c’est-à-dire paritaires et stériles – non seulement les lectrices peuvent s’identifier à des personnages forts mais vivre par procuration des formes d’amour transgressives, délivrées des contraintes sociales liées aux rôles de genre. Mieux : l’amour, dans ces mangas, n’apparaît plus comme le pôle constitutif de l’identité féminine. Pour donner un exemple précis : dans La Rose de Versailles, Oscar reste indifférente aux passions qu’elle suscite. Lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme, elle tente d’abord vainement de le séduire en se « déguisant » en femme (n’ayant pas l’habitude des robes, elle se prend les pieds dedans), puis renonce à faire semblant et redevient elle-même : un être asexué, tourné vers l’action. L’histoire cependant prend un nouveau tour lorsqu’André lui déclare sa flamme. Après l’avoir rejeté, partagée entre le refus des sentiments – qu’elle considère comme une faiblesse – et l’attirance pour son « frère d’arme », Oscar finit par succomber et le lui déclare ainsi : « Se montrer fougueux et habile au combat, ce n’est pas le seul signe de virilité. Les femmes ont déjà subi le poids des années lorsqu’elles se rendent compte enfin qu’un homme généreux et tendre incarne la vraie virilité ». Ayant admis qu’un homme « viril » puisse être « tendre », acceptant du même coup sa propre faiblesse, Oscar s’offre à André au cours d’une scène qui sera rapidement suivie par la mort des amants. Dans La Rose de Versailles, l’amour est préservé des contingences sociales liées à la vie de couple.

Bouleversant les codes de féminité et de masculinité, exaltant l’idéal d’un élan « des cœurs » non-entravé par les impératifs familiaux, le manga par ailleurs contribue à faire du kabe-don un moment fort sur le plan émotionnel. De façon révélatrice, c’est Oscar qui plaque des jeunes femmes contre un mur, provoquant chez elles d’intenses palpitations, avec une science consommée de la manipulation affective. Dans La Rose de Versailles, dès son apparition, la scène du kabe-don est théâtralement renforcée par des effets de grossissement et de mise en relief – gros plan sur fond de moire trouble, encadrement du visage en vision subjective, scintillement d’étoile – qui en font l’équivalent d’un procédé de séduction, avec tout ce que le mot « procédé » suppose de force scénique et d’artificialité. Durant les années qui suivent, le kabe-don devient un classique du shōjo manga, servi par une esthétique séditieuse : la scène-clé implique presque toujours un beau garçon aux allures ambiguës, combinant force mâle et sensibilité féminine, induisant celles qui lisent le manga à fantasmer sur cette « figure de la résistance », ainsi que la nomme Mark McLelland [6]. « Le beau garçon est une figure de la résistance, un moyen pour les femmes japonaises de se projeter dans une histoire d’amour sans être subordonnées au devoir de reproduction ».

Bien qu’il emprunte au système patriarcal son répertoire de postures agressives, le beau garçon qui frappe des murs dans les shōjo mangas participe donc d’un mouvement d’émancipation féminine qui fait de lui son symbole porteur : le beau garçon s’oppose au bon parti. Le beau garçon est un séducteur, non pas un géniteur. Le beau garçon peut très bien s’avérer être une fille habillée en homme, se faisant passer pour ce qu’elle n’est pas. Et même s’il s’agit bien d’un « vrai » garçon, la tromperie est toujours là. Car le beau garçon, par essence, incarne « la jouissance gratuite relevant du désir et détachée du besoin de se reproduire » : avec lui l’amour, pour citer Marika Moisseeff [7], se place du côté des « activités de production “artificielles”, c’est-à-dire non programmées par le devoir imposé, “instinctuel”, de survie de l’espèce. » Le beau garçon relève du mirage parce qu’il laisse entrevoir le rêve d’un plaisir pris sans risque ni conséquence, le plaisir stérile c’est-à-dire érotique. Le beau garçon est un bourreau des cœurs qui use de ses attraits mystères, de mots équivoques et d’attitudes hyperboliques pour entraîner sa proie dans un univers affranchi du sexe biologique, où n’existent plus ni les assignations de genre ni la menace de tomber enceinte. Il incarne le désir d’échapper aux attentes sociales qui veulent que les femmes deviennent mères et femmes au foyer.

De fait, ces attentes évoluent. Au fur et à mesure que les shōjo mangas diffusent l’image de sulfureux séducteurs, la population active féminine augmente. Les femmes deviennent indépendantes et repoussent le moment du mariage, jusqu’à, parfois, y renoncer : au Japon, épouser un homme implique d’abandonner son métier pour s’occuper des enfants et du ménage… En 1970, les femmes se marient à 24,2 ans. En 2010, elles se marient à 29,4 ans. En 1970, seules 5% des femmes restent célibataires à vie. En 2010, elles sont 16% et leur chiffre ne cesse d’augmenter. En 2016, selon une étude du Cabinet du Premier Ministre, près de 52% des célibataires âgées de 20 à 39 ans affirment ne pas vouloir « perdre l’insouciance et l’autonomie du célibat ». A l’heure actuelle, une importante partie de la population féminine au Japon estime qu’il est possible d’être heureuse sans avoir un mari [8]. Le refus de dépendre d’un homme gagne une place croissante dans les sondages . Comme par un fait exprès, le kabe-don obtient en parallèle un succès croissant. Dans les shōjo mangas, il fait figure d’incontournable au point de contaminer la production télévisuelle : les comédies romantiques assurent une part de leur popularité à la scène de kabe-don qui clôture inévitablement l’épisode principal de la série (l’épisode de la déclaration d’amour). La scène en question, reprise en boucle et partagée sur les médias sociaux, fait elle-même l’objet de making-of à succès. Des émissions toutes entières dédiées au fantasme du kabe-don sont créées, sans en épuiser la matière.

Comment comprendre ce double phénomène ? Pourquoi ces femmes qui, en nombre croissant, retardent ou évitent le moment de se marier parce qu’elles ne veulent pas « se mettre au service du mari » [9] fantasment-elles sur un scénario de femme soumise ou subjuguée ? Cela peut sembler contradictoire. Mais l’approche historique du phénomène répond en partie à la question : ce scénario d’assujettissement n’est qu’un détournement dans l’imaginaire de la rencontre avec un amant, assimilé à la figure de résistance qu’est le « beau garçon », soit l’objet sexuel. Que l’objet sexuel en question se conduise en prédateur ne saurait tromper personne : il s’agit d’un simple artifice. En apparence, c’est lui qui prend l’initiative de la déclaration, c’est lui qui frappe du poing et fait valoir ses « droits ». Mais cette chorégraphie n’a guère plus de valeur qu’une performance aphrodisiaque. Le beau garçon qui frappe le mur est l’équivalent de la strip-teaseuse chez Barthes qui, faisant mine de se dénuder, se dissimule derrière des postures conventionnelles : faisant mine de conquérir, le beau garçon ne fait qu’exécuter de façon docile les routines de la séduction.

Comme par un fait exprès, lorsque, en février 2017, une exposition est consacrée à La Rose de Versailles, elle a lieu dans un parc à thème – Yokohama Ōsekai – sous la forme de trompe-l’œil. L’attraction principale s’intitule « Le kabe-don d’André ». C’est une pièce dans laquelle chaque visiteuse (ou visiteur) peut se placer dos au mur sous le bras tendu du héros. André a été reproduit à plat sur la paroi, mais quand on le regarde sous un certain angle, l’image semble se déployer dans l’espace et suscite l’illusion de la 3D : « Il est possible d’avoir un kabe-don d’André, l’homme à passions. C’est le spot qui fait saliver les fans », indique un journaliste.

De fait, chaque jour, des centaines de femmes viennent se placer contre le mur et prennent la pose, sourire intimidé, mains jointes avec ferveur, regard par en-dessous… Le journaliste ajoute : « Du haut de ses 192 centimètres, André exécute un kabe-don passionné ! Il n’y a plus qu’à imaginer qu’il prononce la fameuse tirade du volume onze du manga : “Les femmes ont beau me regarder, quelles qu’elles soient, moi je ne regarde que toi, Oscar”… mais en mettant son propre nom à la place de celui d’Oscar ». Dans cette mise en scène, ainsi qu’il apparaît clairement, le séducteur n’est guère plus qu’un pantin, un outil pour ventriloque. Chaque visiteuse lui fait dire ce qu’elle veut, simule l’effroi et s’en amuse. Faut-il en déduire que ces femmes sont « masochistes » ou en mal de machisme ?

La pratique du kabe-don  : qui sont les consommatrices de « coup dans le mur » ?


Le 12 juin 2014, la firme japonaise Cybird, spécialisée dans la conception d’applications romantiques pour smartphones, publie les résultats d’une enquête d’opinion, menée auprès de cinq cents femmes célibataires et actives, âgée de 20 à 39 ans, concernant leurs fantasmes. La revue en ligne My Navi reproduit les résultats du sondage dans un article intitulé « Le kabe-don , le séducteur agressif, le harem mâle : neuf femmes célibataires sur dix ont fait l’expérience d’aimer en imagination ». Les femmes célibataires semblent en effet très nombreuses (90%) à fantasmer sur un amoureux. Elles affirment le faire souvent depuis l’enfance : 43% ont commencé à l’école primaire, 29% à l’école secondaire. « L’enquête portait également sur les scénarios concrètement mis en œuvre dans le cadre de ce travail imaginaire. Parmi les nombreuses histoires et situations concrètes racontées : “J’imagine une situation de kabe-don avec une star que j’aime” (ville de Kanagawa, 34 ans). “Le harem à l’envers ! C’est le classique” (Tōkyō, 30 ans), “J’imagine que je suis sauvée d’un péril par un homme qui se révèle être très riche. Nos chemins se croisent à nouveau et nous avons une relation” (Aichi, 27 ans) ». Ainsi qu’il ressort de l’enquête, les femmes célibataires se plaisent à inventer des scénarios au cours desquels, assumant le rôle de la demoiselle en détresse, elles se font sauver par un homme riche et puissant ou coincer contre un mur par une célébrité. Le scénario alternatif est celui des relations en multi-partenariat avec des hommes objets dont elles peuvent disposer à leur guise. L’intérêt de l’enquête c’est qu’elle renvoie dos à dos le fantasme de l’agression sexuelle ( kabe-don ) avec celle du mâle instrumentalisé (harem à l’envers), comme s’il n’y avait pas de réelle différence : qu’il soit soumis ou dominant, l’amant imaginaire n’est finalement rien d’autre qu’une marionnette fantasmatique.

L’enquête donne également des détails sur les moments privilégiés par les célibataires pour (suivant une formulation significative) « se guérir » du stress de la vie active : « Dans leur écrasante majorité, elles se consacrent à leurs fantasmes le soir avant de dormir (pour 73% d’entre elles). Viennent ensuite celles qui le font “pendant les déplacements dans les transports en commun” (27%), “pendant le bain” (17%) et “au travail” (15%). Pour les femmes actives, s’offrir un peu d’amour en rêve avant de s’endormir, c’est une manière de se guérir de la fatigue du travail et peut-être d’affronter le lendemain avec de l’énergie. » L’expression « (se) guérir » est couramment appliquée au Japon aux produits et aux services qui sont censés offrir du réconfort ou du plaisir. Les dominatrices et les patronnes de clubs SM, par exemple, affirment volontiers qu’elles fournissent aux clients l’équivalent d’une thérapie. Le kabe-don qui s’adresse aux femmes se voit-il conférer la même valeur de « soin » ? L’enquête menée par Cybird est, de fait, livrée avec l’avis d’un « expert », Morikawa Tomonori, professeur à l’Université de Waseda, qui compare l’activité fantasmatique à ce qu’il nomme de l’« entraînemental », c’est-à-dire « l’acte de se projeter par l’imagination dans l’amour », afin d’en recueillir les effets positifs. Cet entraînement recharge la femme en énergie et la met en « mode amour », dit-il. « Quand on imagine des situations amoureuses, en usant d’outils de simulation tels que romans, feuilletons ou jeux vidéo, il devient possible d’activer en soi la fonction amour. »
Il n’est pas anodin bien sûr que ce célèbre professeur ait été invité à commenter les résultats de l’enquête. La firme Cybird produit essentiellement des jeux vidéo, téléchargeables sur smartphone, appelés « jeux de simulation amoureuse » (ren’ai shimurēshon gēmu). Ces jeux qui s’adressent aux femmes se présentent sous la forme de dialogues au cours desquels chaque joueuse rencontre une dizaine de séduisants playboys en image de synthèse, choisit son préféré et entame avec lui une partie à l’issue de laquelle elle obtiendra (ou pas) son cœur. Quinze épisodes sont proposés par playboy, avec trois fins possibles au choix et la possibilité de changer de partenaire en cours de route. Ces jeux qui constituent les versions modernes des shōjo mangas proposent aux joueuses d’innombrables scènes de kabe-don . Au cours de ces séquences hyper-ritualisées, la joueuse est forcée dans ses retranchements, plaquée contre un mur, « privée de toute possibilité de s’enfuir » (ainsi que l’explicite Cybird) et forcée d’entendre les déclarations menaçantes de son séducteur : « Appelle-moi maître. Désormais tu es à moi ». Il peut sembler choquant que des jeux vidéo de romance exploitent des fantasmes d’agression sexuelle. Encore plus choquant d’apprendre que le kabe-don constitue une figure imposée dans ces jeux qui se vendent à des millions d’exemplaires.

Le marché est énorme : en 2017, si on le limite aux seules applis pour femme, il est estimé à 15 milliards de yens (125 millions d’euros) par l’Institut de Recherche Yone. Mais si on l’élargit aux produits dérivés ? Dans une interview publiée en 2017 dans Nikkei Trendy, Tsutani Yūji – le directeur de Voltage – l’estime à « environ 300 milliards de yens » (2,4 milliards d’euros). En 2018, Voltage, la firme numéro 1 dans la production de ces applis, compte plus de 60 millions de joueuses enregistrées dans le monde dont la majorité sont japonaises. Quel profil ont-elles ? « Il y a dix ans, il s’agissait pour l’essentiel d’adolescentes de 15 ans ou de jeunes célibataires actives. Le temps passant, nous avons vu apparaître un nombre croissant de femmes mariées qui constituent presque 50% de notre clientèle. Quant à la moyenne d’âge elle va de 20 à 40 ans ». En janvier 2018, Higashi Nanako, co-créatrice de la firme Voltage, m’explique que la clientèle se partage entre des femmes célibataires qui appréhendent l’idée de se marier et des épouses « qui trouvent pratique d’entretenir une relation sentimentale avec un personnage numérique : cela leur évite de tromper leur mari ». De fait, dans la presse, les jeux de simulation sont souvent présentés comme des « dispositifs de prévention de l’adultère » (uwaki boshi tsūru). Beaucoup de joueuses – qui se présentent elles-mêmes comme des épouses « sexless » (sekkusuresu), des célibataires « insatisfaites » (monotarinai), des mères au foyer rongées par « la routine conjugale » (manneri fūfu) ou des femmes seules « en manque d’émotions amoureuses » (tokimeki fusoku) – avouent que les jeux leur donnent l’impression d’être jeunes et désirables à nouveau [10].

Pourquoi adhèrent-elles au fantasme brutal du kabe-don  ? Qu’il s’agisse de célibataires ou de femmes mariées, les discours des consommatrices se rejoignent toujours sur le même point : c’est justement parce qu’il est brutal que le kabe-don procure le plaisir d’une interruption du réel. Le kabe-don fait effraction dans la trame de la réalité quotidienne, la déchire avec la violence d’un événement inouï. « Dans la réalité, cette situation est impossible » (genjitsu ni wa arienai shichueshon) est une phrase qui revient en boucle dans les médias et les réseaux sociaux. Insistant sur le fait que le « bel homme » (ikemen) dont elles font leur amant imaginaire présente ceci de supérieur aux hommes de chair et d’os qu’il est « extra-ordinaire » (hi-nichijō), les femmes répètent : si le kabe-don leur plaît, c’est parce qu’il est accompli par des êtres « totalement irréalistes » (higenjitsuteki) « séparés du réel » (genjitsu to wa kakehanareta), venant d’un univers situé « à l’envers de notre monde » (genjitsu to wa urahara). Dans une enquête sur les jeux de simulation amoureuse pour femmes menée par l’agence Trend Sōken en juin 2014, une utilisatrice de 31 ans raconte : « Ils sont beaux mais fiables, ils sont bruts mais gentils, ce sont des modèles d’hommes tels qu’il n’en existe pas dans la réalité ». Une autre (22 ans) ajoute : « Ils vous envoûtent avec des mots que les hommes côtoyés tous les jours ne prononceront jamais ».

Les fantasmes violents qui font le succès des jeux vidéo et des mangas d’amour pour femmes reposent de fait sur des personnages caricaturaux (riches, puissants, autoritaires), dont la figure centrale porte le nom révélateur d’ore-sama. L’ore-sama – littéralement « seigneur moi je » – est systématiquement présenté dans les jeux comme l’interlocuteur privilégié de la joueuse, le héros principal, épitome d’arrogance et d’orgueil. Le nom ore-sama pourrait se traduire « mâle alpha » car les autres playboys qui tournent autour de lui n’en sont que des versions optionnelles, déclinées en « voyou solitaire » (kūru), « dandy prétentieux » (charao), « intellectuel froid » (megane-chara tsundere), etc. Dans les jeux de simulation, c’est l’ore-sama qui déclenche les hostilités. Une joueuse citée par l’enquête Cybird affirme chavirer lorsqu’elle se fait « aborder de façon agressive par un personnage hyper-viril de type ore-sama » Le terme ore-sama jōshi (chef ore-sama) fait partie des mots-clés les plus populaires sur les sites qui vendent de la romance [11]. Quand la firme Voltage, en 2014, crée un studio dédié à l’expérience réelle du kabe-don , c’est un ore-sama qui plaque les visiteuses contre la cloison. Takahashi Emi, la chargée de relations publiques m’explique : « Le studio Voltage reproduisait le décor de la scène phare du jeu Kissed by the Baddest Bidder (« Embrassée par le Pire Enchéreur »). Dans ce jeu, l’héroïne travaille dans un hôtel de luxe. L’histoire commence lorsqu’elle se retrouve dans une cage, exhibée devant les clients de l’hôtel : elle est mise aux enchères au cours d’une soirée clandestine. C’est l’ore-sama qui l’achète et devient son maître ». Au cours du Game show de Tōkyō, en septembre 2014, chaque visiteuse qui veut faire l’expérience d’un kabe-don doit donc d’abord entrer dans la cage puis se confronter à celui qui joue le rôle de son acquéreur et qui la fixe d’un œil dur : « Je te fais peur ? », « Je t’ai achetée. Si tu m’obéis en silence, tout se passera bien ». Après quoi, il ouvre la cage et la plaque contre le mur, qu’il frappe de son poing. « Comme l’ore-sama est particulièrement sadique, nous avons mis au point des phrases que les visiteuses auraient plaisir à entendre. Parce que cette situation est impossible dans la vraie vie et que les joueuses veulent faire l’expérience d’un monde comme ça… ».

On pourrait s’étonner que des femmes qui sont généralement actives et indépendantes puissent vouloir faire l’expérience « d’un monde comme ça ». Pour Higashi Nanako, co-créatrice de la firme Voltage : « Dans la vraie vie et au travail, quand une femme est efféminée, on la méprise, alors elle doit se conduire de façon masculine. Dans le cadre du jeu, en revanche, elle peut se complaire dans une féminité puérile du style “Oh non, non, c’est impossible”, alors elle est contente ». S’il faut en croire Higashi, le jeu offre un espace d’impunité où l’on peut se permettre d’être versatile, vulnérable et velléitaire, trois caractéristiques souvent imputées aux femmes de façon stigmatisante. Pour autant, dit-elle, il ne faudrait pas en inférer que les joueuses qui apprécient les scènes de kabe-don s’identifient totalement au personnage qu’elles jouent dans les scénarios de séduction forcée. « Dans la vraie vie, elles n’accepteraient pas de subir un kabe-don et encore moins d’être traitées de façon condescendante ou méprisante. Par ailleurs, être acculée contre un mur, quand cela arrive pour de vrai, c’est effrayant ». Son mari, Tsutani Yūji, confirme : « Dans la vraie vie, le kabe-don relève du harcèlement sexuel, dit-il. Quand c’est fait par quelqu’un qu’on aime, d’accord. Quand c’est fait par un inconnu, ça ne peut marcher que dans le cadre d’une performance en public et encore… La situation est limite ». Le kabe-don relève strictement du fantasme et du jeu, insistent les responsables de Voltage. En mars 2017, lorsque la firme inaugure son premier jeu conçu pour lunettes de Réalité Virtuelle, c’est d’ailleurs un kabe-don qu’elle propose aux joueuses : baptisé Isu-don ( kabe-don dans un fauteuil), la simulation en 3D projette l’utilisatrice dans un ascenseur transparent, montant à une hauteur vertigineuse, à l’intérieur duquel un homme au regard de braise la plaque contre le fauteuil dans lequel elle est assise pour lui chuchoter à l’oreille : « Je t’ai achetée. Maintenant tu es ma prisonnière. Je peux faire de toi ce que je veux ». « Il faut que le jeu soit juste assez réaliste pour faire peur, mais que cette peur soit excitante », conclut Higashi Nanako à l’aide d’une expression – hodoyoi reariti (la juste quantité de réel) – qui résume bien sa conception du kabe-don  : un vaccin contre le monde réel, un poison qu’on s’inocule, mais dosé « juste » pour vous prémunir.

Le kabe-don dans la réalité : un acte condamné par la loi

Classé dans la catégorie d’actes visant à « faire battre le cœur par la force » (gōinsa ni dokidoki), le kabe-don fait partie des pratiques régulièrement présentées par la presse comme problématiques : s’agit-il d’un comportement recommandable ? Ou d’une violation de l’espace intime ? En novembre 2014, l’Asahi Shinbun enquête : « Que recherchent en fait les femmes dans le kabe-don  ? Une jeune tokyoïte […] nous le détaille : “Je trouve ça agréable parce que c’est de la fiction, c’est comme un jeu. Mais je ne supporterais pas du tout que mon copain se comporte de cette manière en vrai”. ». La réticence des femmes à vivre le kabe-don pour de vrai se mesure d’ailleurs au succès remporté par le kabe-don Café, un espace éphémère offrant les services d’un mannequin-automate, placé face à un mur. Pourquoi un automate plutôt qu’un acteur ? « Parce que beaucoup de femmes se sentent trop intimidées avec un vrai garçon », explique la chroniqueuse, Asai Mayumi, qui insiste sur l’aspect sécurisé du dispositif. Une vidéo, jointe à son article, montre la jeune femme tester d’ailleurs elle-même le kabe-don automatisé . Incitant celles qui « ne l’ont jamais fait à essayer avec un bel homme (une poupée) », Mayumi insiste sur son caractère d’inocuité : c’est « une poupée », répète-t-elle, en évitant d’utiliser le mot robot, trop menaçant. Au kabe-don Café, les visiteuses ne se font pas plaquer contre un mur. Elles viennent se placer face à la « poupée », afin de jouer avec au petit jeu de la frayeur simulée.

Enjoignant également les garçons à tenter cette expérience propre à « faire fondre », la chroniqueuse vante les mérites du mannequin : il mesure 180 centimètres, il présente l’aspect irréaliste d’un personnage de manga et il peut simuler au choix cinq types de séducteurs. Il suffit de sélectionner le « type » souhaité et attendre que l’automate s’active, configuré pour frapper le mur puis prononcer des phrases telles que « Ne dis pas des choses égoïstes ou je te fermerai les lèvres avec ma bouche » ou « Ne t’ouvre à personne d’autre qu’à moi. Je suis le seul homme à qui tu devrais parler ». Durant les six jours de sa brève existence (fin novembre 2014), le kabe-don Café fait salle comble.

« Quand on enquête sur les femmes et le kabe-don, explique un journaliste de Laurier press (revue féminine spécialisée dans la romance), on constate que pour un nombre considérable d’entre elles, dans la vraie vie “le kabe-don est impossible” […]. Les conditions du passage à l’acte sont les suivantes : un kabe-don bouleversant doit être limité aux amis intimes et encore… les amis intimes “s’ils sont beaux ou de grande taille”. Cela rend le kabe-don difficilement réalisable dans la vraie vie. Si la personne qui vous tient serrée n’est pas un ami intime, le kabe-don peut facilement se transformer en quelque chose de négatif, une menace, une agression ». Au plus fort de la kabe-don mania, en 2014, certaines femmes tirent d’ailleurs la sonnette d’alarme : le kabe-don est une pratique dangereuse, disent-elles, car il s’agit pour un homme de créer un « rapport d’intimité immédiat », en pénétrant le périmètre de sécurité individuel. Pour y voir plus clair, la revue Woman Excite, en février 2015, demande aux lectrices de témoigner sur « les techniques de séducteur » : « D’un côté, on est informé que les jeunes Japonaises semblent avoir très envie d’être coincées contre un mur, d’un autre côté, le message qui domine twitter ou les blogs semble être massivement “Pas question d’un kabe-don ” ». La plupart des femmes interrogées confirment : « C’est réservé aux beaux hommes », « Seul celui que j’aime a le droit ».

Les hommes eux-mêmes sont plus que réticents à l’idée du passage à l’acte. Dans un autre article de la revue Woman Excite, en avril 2015, sur 105 lecteurs invités à répondre à la question « Avez-vous envie d’essayer un kabe-don sur une femme ? », seulement 15,2% d’entre eux répondent « oui ». 84,8% répondent « non », expliquant tantôt « Je ne suis pas un bel homme alors ça ne collerait pas » (ou « Je suis trop fluet pour que ça marche »), tantôt « Si je le faisais, je serais poursuivi pour agression » (ou « Cela ne susciterait qu’une réaction de peur »). Certains se moquent : « Ce serait embarrassant pour moi, je ne voudrais pas que la femme tombe passionnément amoureuse de moi ». Le principe de précaution domine. À raison : le 18 janvier 2018, un enseignant d’une école de Tōkyō est condamné pour avoir fait régner la terreur pendant un an (entre 2014 et 2015) sur le personnel féminin. Âgé d’environ 50 ans, le professeur se permettait de pousser les secrétaires dans les couloirs ou de les acculer à des murs contre lesquels il frappait en contrefaisant le séducteur. Il criait «  kabe-don  ! » et se trouvait probablement très drôle. Suite aux plaintes, il avait été mis à pied. En 2018, une juge confirme le bien-fondé de la sanction disciplinaire ; le kabe-don devient officiellement un délit passible d’une sanction pénale, assimilé au harcèlement sexuel.

S’il fallait classer le kabe-don ce serait donc dans la catégorie des agressions. Les lycéen.ne.s ne s’y trompent pas qui – dès l’apparition du « kabe-boom » – parodient le kabe-don sous la forme de mises en scène grotesques, flirtant volontiers avec la charge de violence latente du fantasme : ils-elles postent sur les réseaux sociaux des petites vidéos tournées avec leur portable. Ces vidéos ironiques élargissent le répertoire des « techniques » de kabe-don comme s’il s’agissait d’un sport de combat. kabe-don avec le genoux (entre les cuisses de la victime forcée d’écarter les jambes), kabe-don avec le pied (dans une variante faussement désinvolte du racket à l’école), kabe-don avec double prise (technique de l’encerclement par les mains et les pieds), kabe-don suivi d’une prise de menton (pour un baiser forcé), kabe-don suivi d’une prise avec deux doigts dans le nez (humiliation), kabe-don de groupe, etc. Des amateurs de manga s’amusent par ailleurs à mettre en ligne des vignettes d’auto-défense, pleines de dérision, montrant comment la victime d’un kabe-don peut contre-attaquer : clés de bras, coup de tête, fauchage des jambes, etc. Contrairement à une idée toute faite que le mur est un objet rigide et figé, aussi rigide et figé que les catégories sexuelles et les rôles de genre auxquels son usage renvoie, le mur au Japon ne sert pas de contrefort aux inégalités de genre mais s’offre au contraire comme l’espace possible de leur subversion.
En décembre 2014, le site Internet Daily Portal Z, spécialisé dans les parodies, fait sa contribution au phénomène en inventant trois murs spécialement conçus pour le kabe-don . Ces trois murs relèvent des articles de farces et attrapes . Le premier est orné d’un trompe-l’œil figurant la trace d’un impact violent – un cratère – comme causé par un choc inouï. L’homme qui performe le kabe-don est censé frapper ce mur à l’endroit même où se trouve la trace d’impact. « C’est parfait pour causer de l’émoi », se moque le concepteur, Hayashi Yūji. Baptisé mur du «  kabe-don à fissure », le dispositif repose sur l’amplification spectaculaire d’une puissance mâle tournée en dérision, réduite à la dimension loufoque d’un trucage. Ce mur en trompe-l’œil ne peut tromper personne, ce qui en fait tout l’intérêt : il ne vise pas à créer l’illusion de la « force virile », ainsi que le formule Hayashi, mais à dénoncer le modèle hégémonique : faut-il casser des murs pour prouver qu’on est « vrai » homme ? Faut-il jouer les victimes pour paraître « plus » femme ? Tournant en ridicule les normes de genre qui président au scénario du kabe-don , la mise en scène du mur pré-défoncé dénonce le caractère d’illusion des standards masculin-féminin.

Le deuxième dispositif, surnommé mur du «  kabe-don rotatif », très proche des parois tournantes créées par les magiciens, approfondit encore la réflexion : si les normes de genre sont des illusions, les individus qui s’y conforment ne risquent-ils pas d’être à leur tour gagnés par le caractère d’irréalité fondamentale de leurs actes ? « Élaboré sur le modèle des portes dérobées dans les maisons de ninja, le kabe-don rotatif est un dispositif de mur permettant au garçon qui appuie sa main sur la paroi de la faire tourner et de disparaître en un clin d’œil ». Conçu pour escamoter l’homme, qui traverse le mur en même temps qu’il le frappe, ce dispositif facilite la fuite du séducteur ou… sa volatilisation. « Ce serait bien aussi de l’appeler le kabe-don de la quatrième dimension », suggère son concepteur. « Non content de disparaître, l’homme peut même échanger sa place avec un autre. Dans ce cas on peut parler d’un kabe-don de la téléportation », ajoute-t-il, suggérant à demi-mots cette idée paradoxale que ceux et celles qui performent le genre le font peut-être par désir de libération. À l’abri d’un rôle, protégé derrière l’impunité du masque, les personnes qui s’amusent au kabe-don tirent-elles plaisir de ne plus être que les pièces fantômes, anonymes et interchangeables d’un jeu parfaitement factice ?

À cette question, le troisième dispositif (mur du « kabe-don morse ») répond peut-être : « Un interrupteur ayant été placé à l’endroit où la main entre en contact avec la paroi, frapper le mur produit des signaux morse. Comme les signaux sont convertis en messages projetés sur un écran, cela permet d’avoir une conversation et d’échanger des pensées amoureuses ». De fait, ce mur-là ne se frappe pas. Tout en mimant un kabe-don , dans la posture d’attaque, bras tendu, l’homme doit délicatement presser le bouton à intervalles réguliers afin que les signaux morse s’affichent sous la forme de lettres et fassent apparaître, par exemple, ai shiteru (Je t’aime).

Après quoi, prenant sa place, bras tendu, pressant le bouton au mur, la jeune femme emprunte le même canal pour répondre : watashi mo (moi aussi). Le mur du «  kabe-don morse » fonctionne dans les deux sens. Objet-frontière élaboré comme outil de traduction (puisqu’il traduit des impulsions en lettres), ce mur permet à la fois de reproduire les postures de la domination masculine et de les inverser, convertissant les coups en mots et le mâle en femelle. Les rôles permutent. Chacun, à son tour, frappe ce mur médiateur qui permet de reproduire les normes de genre tout en dévoilant leur aspect factice et de mimer le kabe-don tout en le sabotant.

Conclusion

Quatre ans après l’explosion de la kabe-don mania, la pratique reste toujours aussi populaire, suscite toujours autant de ferveur chez les femmes au Japon dont les besoins en « beaux hommes » – si possible cruels et arrogants – alimente une industrie qui ne cesse d’innover : les prédateurs de synthèse sont maintenant fournis en Réalité Augmentée ou sous la forme de poupées 3D qu’il est possible de faire bouger et parler sur commande. Les utilisatrices leur font faire des kabe-don , sans jamais se lasser de ces postures répétitives, au contraire… Plaquage au mur, regard menaçant, chuchotement rauque : ces postures, d’autant plus excitantes que répétitives, tirent leur charme de la distance toujours plus grande qui sépare la fiction de la réalité. Dans la réalité, un nombre croissant de femmes au Japon affirme ne pas vouloir dépendre des hommes, ni financièrement, ni affectivement.

À l’instar d’Oscar, l’héroïne de La Rose de Versailles, elles se sont arrogées les mêmes droits qu’aux hommes de faire carrière, d’être auto-suffisantes et de donner la priorité à leurs activités professionnelles. Ces femmes autonomes sont les principales consommatrices de produits culturels offrant des scènes de kabe-don . Elles sont suivies de près par toute une frange de femmes mariées mais insatisfaites qui, trompant leur mari (et leur ennui) dans un espace d’impunité, affirment que le kabe-don les « guérit » de la monotonie du monde réel. Pour ces femmes, le mur est donc le lieu privilégié d’une production de fantasmes qui constituent l’exact envers du monde dans lequel elles se battent. Espace refuge, ce mur érotisé favorise une rêverie qui peut, en apparence, reproduire les mécanismes de domination d’un ordre hétérosexiste. Sous des allures extrêmement conventionnelles, le kabe-don « met en scène un homme dominant [gôin otoko] et une femme passive [ukemi no josei ] », ainsi que le résume la presse. Faut-il en déduire que « les femmes de maintenant seraient à ce point soumises ? » Ce serait réducteur car les prédateurs dont elles font leurs délices sont aussi stéréotypés que les paroles toutes faites qu’ils prononcent. Leur répertoire de paroles et de gestes relève d’un jeu de rôle si parfaitement caricatural qu’il en devient jouissif. Sur les sites marchands qui proposent à la vente des « beaux hommes » dominateurs, ceux-ci sont d’ailleurs classés dans la catégorie des « outils pour procurer de l’émotion amoureuse » (moe-kei tsūru). De simples outils, donc. Au service de quelle logique ? C’est sur ce point que j’aimerais conclure : loin de soutenir l’ordre des institutions et des normes, la scène archétypale du kabe-don permet de mettre en scène les différences de genre comme une sorte de drame « à grand spectacle », opposant des figures si factices – proie frémissante, fauve triomphant – et à renforts d’émotions si amplifiées qu’il en perd toute signification. La scène du kabe-don pousse l’aspect théâtral, arbitraire, des normes de genre au point où il devient impossible d’y adhérer : la virilité / la féminité n’est plus qu’une illusion dont on peut s’amuser à loisir. Quant à la violence, rendue désirable, elle n’est plus que le moteur d’un rêve collectif de dissolution.

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[1] Saitō Yūsuke, « Shōjo manga hatsu “kabe-don”, tokimeki to kōfun tamaranuwake », (Le “kabe-don” venu du manga pour jeunes filles : irrépressibles palpitations et tremblements), Asahi Shinbun, 23 octobre 2014.

[2] AMILHAT SZARY A-L, Qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ?, Paris, Presses Universitaires de France, 2015.

[3] BUSCATTO M. et MONJARET A., « Introduction. Jouer et déjouer le genre en arts », Marie BUSCATTO M. et MONJARET A. (dir.), Revue Ethnologie française, n°1, numéro « Arts et jeux de genre », 2016, pp. 13-20.

[4] MCLELLAND Mark J., « The Love Between “Beautiful Boys” in Japanese Women’s Comics », Journal of Gender Studies, n°9 (1), 2010. https://doi.org/10.1080/095892300102425

[5] BROWN J.-L., Female Protagonists in Shōjo Manga - From the Rescuers to the Rescued, Masters Theses, University of Massachusetts Amherst, 2008. https://scholarworks.umass.edu/thes....

[6] MCLELLAND Mark J., Op. Cit..

[7] MOISSEEFF M., « Mère originaire ou lolita éternelle : les images du corps féminin dans la fiction contemporaine », Journal du Mauss, 2012. http://www.journaldumauss.net/spip.....

[8] LE BAIL H., « Le mariage est-il en crise au Japon ? », Informations sociales, vol. 168, n°6, 2011, p. 66–73, et FURUICHI Noritoshi (古市憲寿), Zetsubō no Kuni no Kōfuku na Wakamono-tachi, 絶望の国の幸福な若者たち (La Jeunesse heureuse d’un pays désespéré), Tōkyō, Kōdansha, 2011.

[9] DUMONT G.-F., « Japon : le dépeuplement et ses conséquences », Géoconfluences, 2017, http://geoconfluences.ens-lyon.fr/i....

[10] PR Times, 20 août 2014

[11] Everystar (エブリスタ) : http://estar.jp.

 

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