Cet article examine les spécificités thématiques et rhétoriques d’un cycle de sermons de deuil de Daniel Price, prononcés en 1612 à l’occasion de la mort du prince Henri, le fils aîné du roi d’Angleterre, Jacques Ier. Le premier volet expose les caractéristiques du sermon funèbre anglais, un genre de discours fortement codifié, dont les conventions se fixèrent dans la seconde moitié du XVIe siècle, alors même que le clergé s’efforçait de démontrer la légitimité de la prédication funèbre dans un contexte protestant. À l’aube du XVIIe siècle, les sermons funèbres imprimés se conforment en majorité à un modèle rhétorique bien défini et poursuivent un objectif pastoral double : la commémoration des morts et l’édification des vivants. Vis-à-vis de cette norme, les sermons de Daniel Price présentent des écarts considérables. En effet, ils se consacrent pour l’essentiel à la prise en charge du deuil des fidèles, un choix thématique qui implique une stratégie rhétorique spécifique. Se focalisant sur l’examen de ces caractéristiques, le deuxième volet de l’article montrera que ces textes, s’ils sont peu représentatifs de la pratique homilétique du clergé anglais au moment des funérailles, sont symptomatiques d’un changement culturel qui se dessine en Angleterre à l’aube du XVIIe siècle, et qui se traduit par la valorisation du deuil humain à des fins dévotionnelles
L’article propose une étude comparée de quatre sermons protestants sur l’athéisme prenant appui sur ce verset du psaume XIV, « L’insensé a dit en son cœur : il n’y a point de Dieu ». Bien qu’appartenant à des générations différentes, les auteurs de ces sermons, Amyraut, Gaches, Morus et Superville, font le choix d’un traitement similaire du thème de l’athéisme ; de fait, le verset d’appui du sermon, qui n’a rien d’original en la matière, montre bien que nous sommes devant un sujet d’école avec ses passages obligés, et sans prise réelle sur l’actualité politique et théologique du siècle. Il n’est donc pas étonnant de retrouver globalement les mêmes types d’arguments dans chacun de ces sermons. En revanche, au-delà des particularités d’écriture propres à chacun des auteurs, on mesure l’incroyable modernité de la prédication d’Amyraut, sa richesse et sa densité, à travers deux éléments de démonstration dont la postérité fera si grand cas après Pascal et Voltaire : l’idée d’un pari sur l’existence de Dieu et la conception du Dieu-horloger.
La collection d’une huitaine de sermons catéchétiques du prédicateur et professeur montalbanais Antoine Garissoles (1587-1651), éditée en 1637 sous le titre de « la voye du salut », présente les multiples aspects typiques du sermon de la première modernité situé au carrefour des évolutions doctrinales de la théologie confessionnelle, de la philosophie padouane néoaristotélicienne et des articulations d’une piété de plus en plus subjective. Ces interrelations, encore peu étudiées pour le sermon protestant français du début du XVIIe siècle, sont réunies dans la composition très réfléchie de la « voye » qui aborde l’un des grands sujets de la doctrine calviniste, l’élection divine, par une approche au sillage de la philosophie zabarelliste. Le procédé homilétique au long d’un fil octuple, souvent utilisé pour des sermons catéchétiques, se prête tout naturellement à cette démarche analytique, car comme la methodus resolutiva part de la fin d’une activité humaine pour en développer ensuite les moyens nécessaires, ce schéma part d’un thème principal, le développe ensuite, pour le laisser enfin aboutir à une conclusion applicable au sermon parachevant la collection.
